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La chaleur, les klaxons intraitables, des voix toutes proches aux sonorités étranges, des bruits familiers de maison habitée nous tirent de notre sommeil. Il est midi et la lumière renvoyée par les façades des maisons que nous distinguons a travers les moustiquaires de nos fenêtres est déjà forte. A la cuisine s'affaire une indienne en sari coloré, pieds nus, les gestes calmes et mesurés, le sourire lumineux.
Dehors, c'est le choc ! Nous marchons jusqu'au centre de la ville. La rue est en perpétuel mouvement ; ce sont les rickshaws jaunes, les vélos, scooters, mobylettes, les voitures ambassadors ou tatas, pousse-pousses, camions, bus qui se croisent, se doublent, se klaxonnent ... et puis sur la rue, il y a aussi les piétons. Les trottoirs n'existent pas; le bord des rues est occupé par des tas de sable, des briques rouges d'argile, des détritus, des vélos, des voitures, des rickshaws garés, des stands ou l'on peut acheter samosas, thés, bananes ... Nous avançons en essayant de contourner les obstacles tout en évitant les roues des véhicules et de mettre les pieds dans le tout à l' égout qui est par endroit a ciel ouvert !
La route , les rues offrent sans arrêt un spectacle de scènes cocasses et inattendues. Peu importe le bruit et les odeurs qui s'échappent de tas d'ordures, des égouts et du canal qui traverse la ville du nord au sud et dans lequel flottent des sacs plastiques et des bouteilles
Nous sommes étourdis par la vie explosive ; explosive en couleurs, en odeurs, en mouvement et en bruit. Il y a les femmes magnifiques, qui même si elles sortent de huttes sales et misérables sont toujours de vraies princesses promenant leurs saris lumineux . Les rues du quartier indien appellent les citadins à combler leurs besoins essentiels : échoppes alimentaires, vendeurs d'énormes sacs de riz, stands de tissus, ateliers de tailleur, fabricants de chaussures, réparateurs de roues, stands de légumes tenus par des femmes assises par terre, magnifiques dans leur royaume végétal. Et puis, il y a les fleurs, des colliers de jasmin que les femmes accrochent dans les cheveux et qui ondulent le long de leur tresse.
La plupart des indiens répondent à nos regards par des sourires sincères ... aucune agressivité, aucune attente juste une curiosité partagée, des centaines de yeux tels des soleils noirs observent passer les blancs fascinés et perdus dans cette agitation bordélique. La mort et la souffrance ne sont jamais très loin... ce sont des hommes qui dorment par terre, quelques-uns handicapés ou mutilés; des huttes faites de feuilles de cocotier tressées, misérables, obligeant les hommes a se laver au milieu des passants sous le robinet d une fontaine publique, a laver leur linge sur le bitume et a le faire sécher au bord du canal nauséabond.
A l'est de ce canal, le quartier français affiche des noms de rues qui attestent de l'ancienne puissance coloniale ; rue Dumas, rue Romain Rolland, rue St Louis ... La vie indienne s'arrête dans ces rues; ici, plus de klaxons, les trottoirs existent et les hôtels, guesthouses, pavillons sont lisses, propres, a l' occidentale. Une promenade a également été aménagée le long de la plage ; c'est ici que nous voyons les premières poubelles ... des poubelles maintenues par des lapins en béton , ridicules.
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