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En août 1954, la 'Mère', une française reconnue par Sri Aurobindo (révolutionnaire et philosophe indien) comme son héritière spirituelle, écrit :
" Il devrait y avoir quelque part sur terre un lieu dont aucune nation n'aurait le droit de dire 'il est à moi', ou tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme un citoyen du monde ; un lieu de paix, de concorde, d'harmonie .../... Dans ce lieu les titres et les situations seraient remplacés par des occasions de servir et d'organiser ... La beauté sous toutes ses formes artistiques (peinture, sculpture, musique, littérature) serait accessible à tous également ... Dans ce lieu idéal, l'argent ne serait plus le souverain seigneur ; la valeur individuelle aurait une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n'y serait pas le moyen de gagner sa vie, mais le moyen de s'exprimer et de développer ses capacités et ses possibilités, tout en rendant service à l'ensemble du groupe qui, de son côté, pourvoirait aux besoins de l'existence de chacun ..."
Le 28 février 1968, 5000 personnes environ se réunissent près du Centre de la future ville, pour la cérémonie d'inauguration. Les représentants de 124 nations et de tous les états indiens déposent dans une urne en forme de lotus, une poignée de terre de leur pays.
Auroville est crée, une ville universelle en devenir, reconnue aujourd'hui comme l'unique expérience en cours visant à l'unité humaine et à la transformation de la conscience.
La charte d'Auroville précise qu' "Auroville n'appartient à personne en particulier, mais à l'humanité dans son ensemble, ... et qu'elle sera le lieu de recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète."
Nous avons voulu tenter l'expérience et voir de l'intérieur ce que sont devenus ces principes auxquels on ne peut qu'adhérer ... Nous nous sommes installés pendant une semaine à Sharnga Guesthouse, vaste ensemble de chambres d'hôtes, crée par un français arrivé à Auroville en 1969 ; il est venu ici car il se disait dégoûté du monde occidental. Auroville se structure autour de plusieurs communautés, leurs noms : Certitude, Progrès, Existence, Sincérité, Fraternité, Bonheur, .. autant de références à la philosophie de Sri Aurobindo et de la Mère. Difficile de se faire une idée sur la façon de vivre au sein de la communauté et sur l'économie d'Auroville, si ce n'est qu'on est bien sûr frappés en discutant d'apprendre que :
- chaque habitant doit contribuer au fonctionnement d'Auroville, soit par son travail, soit financièrement,
- de nombreux services sont gratuits (éducation, culture, soins, ...), l'enseignement artistique y est promu, ainsi que les énergies renouvelables par exemple, dans le cadre d'un principe de respect de l'environnement ... 4 langues sont enseignées dans les écoles : anglais, français, tamoul et sanskrit ;
- il n'y a pas de propriété individuelle : si 'on construit une maison ou une usine .., il est la propriété d'Auroville,
- les principales conditions pour être Aurovillien sont les suivantes : travailler sur la découverte de son être intérieur, au delà des apparences morales, sociales, .. et perdre le sens de l'ego et de la possession personnelle ;
- il n'y a pas de salaire , les Aurovilliens perçoivent une petite allocation pour couvrir leurs besoins de base ; pas de retraite non plus, tous les résidents étant pris en charge par la communauté ; le travail est au service du groupe et permet de développer sa personnalité.
- il n'y a pas d'évaluation à l'école : l'école est là pour développer les compétences de chaque enfant et vise à son plein épanouissement. L'enfant à 12 ans peut choisir de suivre plus de cours dans la matière qu'il aime.
Ce qui est sur, c'est que les Aurovilliens que nous avons rencontrés semblent très cultivés, très curieux sur le plan intellectuel et artistique, en recherche de bien être spirituel et corporel (écologie, culture bio, soins homéopathiques, allopathiques, naturopathiques, massages ayurvediques, yoga, tai chi, ...)
Notre semaine a Auroville :
Aujourd'hui 3 mars, pleine lune, c'est la fête de Masi Magam, le jour où les indiens de Pondichery et des alentours sortent leur dieux pour les baigner à l'aube dans la mer. Shanti, l'indienne qui vit dans la guesthouse ou nous logeons, a baigné la veille le Ganesh qui trône au milieu de l'herbe, devant l'indifférence des non initiés, l'a parfumé de jasmin et l'a habillé d'un espèce de torchon ...
Auroville aurait pu être ailleurs, dans un autre pays, c'est une ville qui n'a rien d'indien, à part le fait de bénéficier d'une main d'oeuvre indienne peu chère qui aide a entretenir un cadre magnifique à la végétation luxuriante. Auroville n'a pas goudronné ses routes : elles sont toutes en terre rouge, traversent des forets peuplées de multiples variétés d'oiseaux, et par endroits croulant sous des massifs immenses de bougainvilliers. L'air est délicieusement parfumé. Aucune voiture ou presque ..
A table, les conversations tournent autour de l'éducation, des soins naturels et de la méditation. Pas de personnes allumées ou illuminées comme certains aiment le dire ou le croire ... juste des personnes de tout age, de toutes nationalités, curieuses intellectuellement, en recherche permanente. Ici pas de débordement, ce ne sont pas le genre de soirées a boire, a hurler et a finir au dessus de la cuvette ... Les premiers soirs le joyeux désordre de Pichaya et ses accès de douce colère nous manquaient. Et puis des rencontres avec des Aurovilliens, des pionniers (Bernard, entrepreneur, brillant et détaché de toute reconnaissance sociale), des nouveaux arrivants (Julie) rendent Auroville plus concrète. Auroville est un endroit protègé qui stimule la recherche personnelle... et même s'il me laisse des zones d'ombre, c'est le meilleur endroit que je connais aussi respectueux de l'enfant, de son éducation et de l'environnement.
Le Matrimandir (temple de la méditation conçu selon la vision de la Mère), énorme cerise dorée au milieu de la verdure, est une infime représentation de la vie ici, quoiqu'en pensent ceux qui ridiculisent l'expérience aurovilienne. Tout n'y est sûrement pas parfait mais de belles idées ont abouti, d'autres sont en cours de réalisation .. Les témoignages des tout premiers aurovilliens arrivés ici en 1968 ont quelque chose d'émouvant et d'inaccessible, il se dégage un sentiment de liberté absolue entremêlé à une mélancolie qui nous laisse rêveurs.
Le rêve se poursuit, on a tous un endroit comme Auroville dans nos têtes ...
Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas a aller sur le site internet d'Auroville :
www.auroville.org
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