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Veille de notre départ pour Mahabalipuram, nous visitons à Auroville la fameuse « boule dorée », le Matrimandir. Tristan adore, il se croit dans Star Wars et pour cause ... une fois a l'intérieur, on doit enfiler des chaussettes blanches afin d'accéder à la chambre de la méditation, suspendue à l'intérieur de la sphère, proche de la lumière céleste. On emprunte des passerelles aux courbes souples, recouvertes de tapis qui étouffent nos pas. Le sol est recouvert de marbre blanc, les barrières des passerelles sont faites de plexiglas. Dans cet univers blanc et transparent, nos déplacement sont surveillés ... aucun écart n'est permis. Ce lieu de méditation, construit selon la vision de « la Mère », aux allures futuristes, est précieux et son architecture obéit à des codes philosophiques et spirituels qui sont ceux de Sri Aurobindo. Ses gardiens sont intraitables.
Nous pénétrons dans la chambre : au centre, une énorme boule de cristal repose sur un pied doré. Autour de la boule, une série de 12 colonnes de marbre blanc délimite une zone circulaire à ne pas franchir. Pas touche à la boule ! Une première rangée de coussins blancs est posée par terre entre chaque colonne, une deuxième juste derrière contre les parois de marbre blanc qui délimitent la chambre. La seule lumière vient du ciel et se projette par l'intermédiaire de miroirs savamment orientés sur la boule de cristal. La pièce baigne dans une lumière laiteuse, douce et irréelle. Le silence est irréel également ...nous sommes enfermés chacun dans nos têtes et ses bruits. On peut dire qu'une fois dans notre vie nous nous sommes trouvés dans un endroit ou l'on entendait rien, le vide. Moment assez étonnant, d'autant plus que dans ce silence, impossible de nous concentrer !
Ce jour même, c'est la fête de Holi ou la fête des couleurs. Entre amis ou parents, on se lance la poudre de riz colorée ... c'est le jour ou on oublie toute animosité en se transformant en arc en ciel vivant !
Le lendemain, nous prenons le bus pour Mahabalipuram au nord de Pondichéry. Nos sacs à dos encombrent le passage entre les sièges, les indiens qui s'en accommodent nous aident à les porter, à les coincer entre deux bancs. En Inde on ne se sent jamais de trop. Pascal, distrait, s'asseoit a cote d'une indienne. Son mari, assis un peu à l'avant, la dévisage, l'oeil mauvais, et lui demande de se déplacer. Elle se défend mollement de quelques mots et s'apprête à se lever. Je me glisse alors entre elle et Pascal ; assise a coté d'une autre femme, elle a le droit de garder sa place. Son mari la considère d'un air moqueur, le contrôleur pose un regard curieux tour à tour sur le mari et la femme. Elle tire de son cabas un mouchoir et y enferme quelques larmes. Le mari s'enfonce un peu plus dans son siège, allonge ses jambes, indifférent. Le bus s'ébranle, tousse et grince. Il n'y a pas de vitres ; prenant de la vitesse, je reçois un air chargé des odeurs du jasmin accroché sur la tête de ma voisine, et d'huile de noix de coco dont elle a imprègné sa chevelure. Elle arrête ses pensées pour un sommeil entrecoupé par les haltes, les freinages brusques, les écarts ondulants et les coups de sifflets du contrôleur. Nous échangerons quelques mots d'anglais ; avec le peu de vocabulaire que nous avons toutes les deux, nous nous racontons des extraits de nos vies. Elle se rend à Madras chez son mari (elle ne me dira pas « chez elle ») et elle vient de passer quelques jours chez sa mère à Pondichéry. Comme pour illustrer ce qu'elle me dit, elle sort de son sac des beignets à la noix de coco que sa mère a confectionnés. Elle nous en offre comme si elle nous invitait chez elle. En inde il y a très peu de mariages voulus par les deux conjoints ... Tous les mariages sont décidés par les parents et unissent des personnes de castes similaires. Une fois mariés, la femme quitte sa famille qui a généreusement (souvent au sacrifice de toute une vie) versé une dot et rejoint la famille du mari. Placée sous l'autorité de sa belle-mère, elle devra veiller au bien-être de son mari.
Sa triste histoire nous rappelle celle de notre ami Elango. Elango, amoureux il y a trois ans d'une jeune fille appartenant a une caste supérieure à la sienne, sera obligé de renoncer à cette union, face au refus des parents. Il s'enfuira de son village de pêcheurs pour vivre seul plusieurs mois près de la maison de celle qu'il aime ... Il continuera ainsi à la voir en cachette quelque temps avant de tenter de l'oublier. Seule Madeleine nous racontera une belle et rare histoire d'amour indien : celle d'un homme très attaché à sa femme et qui, durant ses cinquante années de mariage, a toujours refusé de manger un plat que sa femme n'avait pas préparé !
Depuis notre carlingue grinçante, on aperçoit la mer et des salins sur des kilomètres. Des indiens ratissent le sol pour en récupérer le sel après évaporation de l'eau. Un peu plus loin, un indien laboure la terre et dirige péniblement ses deux boeufs.
MAHABALIPURAM
Je ne sais pas comment devait être Mahabalipuram en 1968 quand les Beatles sont venus y faire un tour, c'est aujourd'hui un petit village touristique qui attire indiens et étrangers. Il y a une très vieille tradition de tailleurs de pierre qui exposent leurs oeuvres sur des dizaines de mètres dans les rues principales du village. Les oeuvres réalisées, souvent en marbre noir, sont d'une finesse incroyable. Entre coups de burin et disqueuses, nous descendons la rue que se disputent tailleurs de pierre, couturiers, guesthouses et restaurants, pour arriver sur un bord de mer qui mène encore une vie de pêche active. Malgré l'insistance de quelques vendeurs sur la plage ou dans les rues, nous serons encore frappés par la gentillesse naturelle des gens.
Nous rencontrons un vendeur sur la plage, qui évoque avec nous le tsunami de décembre 2004, qui fit plusieurs morts ici : il était ce 26 décembre sur la plage à 9h ; il a vu tous les animaux (chiens, vaches, oiseaux , ...) s'éloigner brusquement de la plage ; dans les minutes qui ont suivi, il a suivi l'instinct des animaux et est rentré chez lui a quelques centaines de mètres de là ... 5 ou 10 minutes plus tard, la vague de plusieurs mètres de haut arrivait ... Cet homme s'intéresse à la politique étrangère et il se met a nous parler des sondages repris dans les journaux indiens à propos des élections présidentielles en France ... Il se rappelle même du prénom de la candidate ; décidemment Ségolène est universelle !
Au bout de la plage, le Sea Shore Temple résiste au vague depuis 14 siècles. Toutes ses façades sont sculptées et témoignent d'un énorme talent artistique ... Pas étonnant qu'il fasse courir beaucoup de touristes indiens. Nous en croiserons souvent qui nous demanderons d'être pris en photo à nos cotés, nous transformant ainsi en monuments vivants ! Ou alors ce sont des écoles entières en visite qui nous entourent et nous posent trente fois les mêmes questions ('what's your name ?, where do you come from ?' etc ...) en insistant pour nous serrer la main.
Et puis un soir, dans une rue, nous tombons sur Ravi (qui se présente comme 'happy' in English ...), qui a vécu 6 mois en France et est heureux de partager l'histoire de sa vie française avec nous. Chaleureusement il nous invite a boire un masala tea autour du tea store (marchand ambulant qui sert du thé et des biscuits). Les deux filles de la marchande s'amusent d'être prises en photos et de se voir sur l'écran de l'appareil numérique. La douce lumière de cette fin d'après midi, la nostalgie de Ravi, la candeur de la marchande, les rires des enfants et la préparation épicée du thé sont touchants de sincérité ...

Nous partons le lendemain a Goa ...
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