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Nous sommes à la gare de Vasco de Gama à
Goa et nous prenons le train très tôt le matin en
destination de Hampi. Les quais de la gare sont déjà
sortis de la nuit et ce sont voyageurs, mendiants et vendeurs
ambulants qui se glissent dans notre nouvelle journée. De
vieilles femmes se sont improvisés par terre leur petit marché
et vendent dans de grands paniers ou sur des papiers journaux des
fruits frais ou secs. Des verres de masala fument au dessous de yeux
embués par le sommeil. Des hommes échevelés,assis
par terre, les jambes ramassées contre leur maigre corps, sont
comme sonnés par cette agitation naissante; ils ont
manifestement passé la nuit là. Nous avons une bonne
demie heure d'avance, j'en profite pour m'asseoir sur une murette et
regarder s'étirer les groupes de voyageur. Mes yeux s'arrêtent
sur une personne en particulier, je n'arrive pas a détacher
mon regard car un détail dans sa physionomie est différent
...ce sont ses cheveux portés courts, légèrement
ondulants, sur un sari classique. Autre chose de résolument
moderne retient mon attention ; c'est son indépendance de
femme indienne qui se détache des groupes, des familles ou des
couples sur le quai. Sa démarche solitaire est souple et
légère et lorsqu'elle arrive à ma hauteur, je
réalise que c'est un jeune homme aux traits fins et
gracieux. Derrière ses gestes féminins, une
inquiétude contenue trouble son regard. Personne, en
apparence, ne la remarque. Elle s'avance jusqu'au compartiment
troisième classe qui est déjà bondé, une
petite valise se balance à son bras. Elle s'arrête
hésitante et rebrousse chemin.
Nous sommes à Goa, ne l'oublions pas, ailleurs je ne
sais pas quel est le niveau de tolérance du régime
hindou pour des gens qui ne correspondent pas à la norme, il
est sûrement très bas surtout pour tout ce qui a trait
au plaisir charnel, tabou en Inde. Quand on sait que les
défilés de mode occidentaux sur les chaînes
indiennes ont manqué être censures par le régime
hindouiste, la vue des mannequins déhanchés suffisant a
faire fantasmer les hommes ...
La société indienne est hiérarchisée
en castes ou varnas, la plus élevée étant celle
des Brahmanes (caste des lettres et des prêtres).Certains
indiens n'ont pas de castes comme les intouchables et les filles de
joie, autant dire qu'ils n'existent pas ! L'appartenance à une
caste détermine toutes les relations sociales futures : il n'y
a qu'a lire les petites annonces matrimoniales dans le journal
déposés par la famille du garçon pour se faire
une idée. Dans celles ci, l'homme présente sa situation
financière et professionnelle et exige une épouse
mesurant x cm minimum et appartenant à telle caste.
Pour aller plus loin, lire "Dans la peau
d'un intouchable" de Marc Boulet, Édition du Seuil,
qui témoigne de toutes les violences que subissent les
intouchables des policiers et des puissants.
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