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Nous quittons Hampi en train
pour rejoindre Bangalore puis Mysore, une étape sur notre route vers le Kerala
au sud. Le train est un moyen de transport très utilisé en Inde et bien
structuré. Les Indiens se déplacent principalement pour aller voir de la famille
ou pour leurs affaires ... souvent petites. Le train permet de faire
différentes rencontres, les Indiens ayant cette curiosité naturelle pour les
étrangers, toujours mêlée de bienveillance, ce qui facilite les échanges.
Ainsi nous rencontrons dans le
train un responsable de la conservation des musées dans le Tamil Nadu à
Chennai, qui nous pose amicalement une foule de questions sur notre famille et
notre voyage. L'apprentissage de l'anglais en France lui parait trop tardif ; en
Inde on commence l'anglais dès 6 ans et la plupart des études universitaires
(appelées 'collège' en Inde) se font en anglais.
Mysore (voir album photos) est
une ville assez importante, organisée autour du palais du maharaja et de des
marchés aux légumes, aux épices et aux fleurs. Ces fleurs sont utilisées pour
fabriquer toutes sortes d'huiles essentielles (lotus, jasmin, rose, nénuphar
...), chacune apportant des vertus particulières. L'huile de bois de santal
fabriquée ici est réputée dans les massages pour ses vertus relaxantes. La
médecine ayurvédique et les massages sont très présents dans le sud de l'Inde,
en particulier au Kerala. L'ayurvédisme fait partie intégrante du kalarippayat,
un art martial qui implique autant l'esprit que le corps. L'art du massage est
le dernier niveau de connaissance que l'on peut atteindre dans le kalarippayat.
A Mysore, le marché est
immense, les étalages de fleurs que les marchands attachent et vendent au mètre
(jasmin notamment) sont comme des rubans de couleurs. En revanche, nous sommes
moins séduits par la désagréable insistance et même la corruption de chauffeurs
de rickshaws, de mèche avec certains commerçants pour nous proposer des
circuits à la journée, les prix des produits étant fixés en fonction de
l'incrédulité des touristes. Dans une société pauvre où il faut parfois
survivre, c'est aussi la règle du jeu ...
Dans les rues, nous croisons musulmans,
moines bouddhistes, soeurs chrétiennes ... tout cela au milieu des hindous.
Pour la première fois dans notre voyage, nous voyons des femmes voilées, dont
seuls les yeux apparaissent et qui ne soutiennent aucun regard. Nous entendons
l'appel à la prière depuis la mosquées toute proche ... Juste derrière le
marché, le plus grand de l'Inde du sud, une enfilade de hangars sales et décrépis,
leurs portails de fer ouverts tels des bouches béantes et obscures, dégueulent
jusque sur la rue des régimes de bananes, des pyramides d'oranges posées, ou de
la paille éparpillée ; cette manne colorée et désordonnée fait le bonheur de
quelques vaches, qui iront traîner leur
naseaux dans les détritus et les restes jetés par les restos. un policier évacue
à coups de matraques dans les mollets un vendeur ambulant afin qu'il s'écarte
plus vite de la rue encombrée ...
Nous jetons un coup d'oeil sur les programmes de
la télé indienne : ce qui prédomine, ce sont les clips et les feuilletons romancés
et à l'eau de rose, les danses 'indo européanisées', les chanteurs
grassouillets, les émissions 'franchisées' comme "Qui veut gagner des
millions ?" (' Oui, c'est mon dernier mot , -J Pierre-' en
hindi, ça fait tout drôle ...), répliques exactes, décor compris, de ce que
nous servent les mêmes boites de production en Europe.. Enfin, la coupe du
monde de cricket à la Jamaïque
fait plusieurs pages chaque jour dans les journaux. Les Indiens suivent passionnément
ce sport, et l'élimination de l'Inde au premier tour sera vécue comme une
catastrophe nationale, obligeant même l'entraîneur national a faire protéger sa
maison à son retour au pays ...
Autre expérience courante, y compris dans
certaines grandes villes, les coupures d'électricité (le soir notamment), qui
n'ont pas l'air de troubler grand monde et qui, au pays des néons, plongent le
soir des quartiers entiers dans le noir. Des hommes, autour d'un tea store,
continuent à bavarder, des verres de masala à la main, sans manifester aucune nervosité
ou gêne, éclairés seulement par les phares des scooters, des bus et des
voitures.
Le lendemain, nous partons en voiture vers
Calicut, porte d'entrée du Kerala. La route traverse d'abord une réserve
naturelle où nous apercevons des éléphants, puis serpente près des sommets du
sud de l'Inde (de nombreuses plantations de thé témoignent de l'altitude),
avant de redescendre vers le littoral. Deux crevaisons au passage sur 200 km; c'est courant, vu l'état
des routes et la chaleur accablante. Et puis, il y a toujours quelqu'un pour
aider à réparer ...
A Calicut, le dimanche après midi, la plage
attire des familles indiennes et des groupes d'hommes qui viennent prendre le
frais. Personne ne se baigne, mais la plage est pleine d'indiens debout, au
point que l'on se demande s'il se déroule un spectacle ou quelque chose
dans le style ... Non, le spectacle, c'est juste la mer et le vent. Nous sommes
les seuls blancs sur la plage et des Indiens observent nos gestes comme si nous
étions un sujet d'études anthropologiques, et lorsque Pascal et Tristan
commencent à se faire des traces de freesbee, nous sommes encerclés en moins de
temps qu'il faut pour le dire par une centaine de spectateurs ! 3 ou 4 Indiens
se joignent à eux, et les spectateurs s'amusent des attitudes comiques d'un des
joueurs. Un autre, qui n'arrive pas à maîtriser la trajectoire du freesbee,
prend Tristan sur ses épaules, histoire de s'assurer des lancers réussis. Nous
y serions encore, si une vague galopante n'avait pas dispersé ce public d'un
jour.

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