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Après une nuit passé à Calicut, nous partons en bus plus au sud pour rejoindre Cochin : les 250 km se font en 5 heures environ (quelques pauses incluses). Dans un village que nous traversons toujours à forts coups de klaxons, tout un parterre sablonneux, exposé à toutes les poussières soulevées par le trafic, est recouvert de noix de coco ouvertes, séchant au soleil. J'apprendrai plus tard qu'elles restent ainsi 4 jours avant que la chair (copra) soit transformée en huile utilisée pour la cuisine, la base des huiles de massage à laquelle on rajoute les vertus de certaines plantes comme le santal, pour le soin des cheveux. Plus loin, sur la route, un éléphant transporte un fagot de bois enroulé dans sa trompe. Pascal a lu dans The Hindu (le journal national) que le gouvernement du Kerala s'inquiétait de l'exploitation trop importante des éléphants dans le tourisme. Certains développent des infections au niveau des pieds, d'autres piquent des crises de folie. Et pour ceux là les guides leur enchaînent les pattes comme des bagnards.
Nous arrivons en milieu d'après midi, sous une chaleur écrasante, à Ernakulam, le quartier de la ville le plus dense : les rues sont saturées de circulation, quelques grands immeubles émergent au dessus de multitudes de petits commerces de rues. Ces immeubles, financés par de riches investisseurs du moyen orient, donnent cet aspect de quartier d'affaires d'une ville « moderne » qui est en train de devenir la plus importante du Kerala.
Il faudra quasiment une heure en rickshaw pour atteindre, après s'être faufilés au milieu d'embouteillages gigantesques, la presqu’île de Fort Cochin ou nous logeons. Cochin est constitué de 3 presqu’îles et d'autres petites îles, entre lesquelles on circule soit en ferry, soit en voiture grâce aux ponts construits aujourd'hui.
Fort Cochin ou nous nous installons est la partie la plus ancienne de la ville, marquée par la présence portugaise mais aussi celle de la communauté juive, l'une des plus anciennes diasporas du monde, quasiment disparue aujourd'hui. Les musulmans sont présents aussi. La ville était un lieu important de commerce des épices ; en nous baladant près de la synagogue, un marchand de gingembre que nous croisons au hasard des rues nous fait visiter fièrement son entrepôt de gingembre et de poivre noir, nous donne des explications sur son activité (ces épices sont vendues en Inde mais aussi largement exportées). Et nous fait essayer sa balance à poids !
Les senteurs d'épices et les entrepôts décrépis rappellent cette tradition de commerce, développé surtout avec la Chine et le Moyen-Orient. Un peu plus loin, les alignements de boutiques d'antiquités du quartier de Mattancherry évoquent toute la richesse de l'artisanat du Kerala : sculptures en bois de santal, boites à épices, coffres et plateaux d'offrandes, bijoux, huiles naturelles ayurvédiques, statuettes en bronze représentant les divinités ... La rue qui conduit à la synagogue (la plus ancienne d'Inde) regorge de ces boutiques d'antiquaires, et le client blanc est interpellé tous les 10 mètres, comme une proie au milieu de ces cavernes d'Ali Baba .. Nous passons devant le bureau de poste de ce vieux quartier juif, ou le cachet représente l'étoile de David ...

Selon un rituel immuable, les pêcheurs plongent et relèvent ces filets à intervalles réguliers, grâce à un système de balancier dont les poids sont de grosse pierres. La pêche est parfois bien maigre. Au delà du symbole touristique, un pêcheur nous explique que ces installations ne leur appartiennent pas : ils touchent 70% des revenus de la vente du poisson, les 30% restant allant aux propriétaires des filets. Ces pêcheurs travaillent tous les jours de l'année - un filet doit faire vivre 5 familles -, et ne peuvent pas se payer leur propre installation, le teck très résistant qui sert a faire les poutres est trop cher.
Sur la place juste derrière, se sont installes quelques "restaurants paillotes", qui cuisinent le poisson frais vendu sur les étals tout proches. En passant par là, on surprendra un chevreau né il y a quelques minutes, en équilibre instable sur ses pattes, fouillant de sa tête le ventre de sa mère ...
Autre symbole du Kerala : les « back waters », ces lagunes que creusent les courants et qui bouchent les estuaires des fleuves et des rivières. Des canaux artificiels relient entre elles ces lagunes et forment un vrai réseau de voies navigables, au milieu des cocotiers et de la végétation tropicale. Les bateaux traditionnels (kettuvalam), qui évoquent immédiatement les sampans chinois, transportaient essentiellement du riz et de la coir, la fibre qui entoure la noix de coco et que l'on tisse pour fabriquer des cordages ... Aujourd'hui, ces bateaux sont aménagés pour balader les touristes et certains ('house boats') sont même des hôtels sur l'eau. La plupart de ces house boats (on en compte près de 700, nous dira un vieil home dans un village) sont à moteur et pollue sérieusement l'eau des back waters. Les Indiens vivant dans les villages au bord de l'eau ne se déplacent que sur des barques, en ramant ou à l'aide d'un bambou qu'ils plantent jusqu'au fond des canaux peu profonds. Quelques ampans de taille modeste se déplacent encore de cette façon traditionnelle, mais ils sont très rares.

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