3 mois en Inde du Sud (fév/avril 07)
"S'il est un héritage dont l'Inde peut faire profiter le monde, c'est cet évangile de clémence et de confiance qui est l'un des plus beaux fleurons de notre pays" (GANDHI, La voie de la non-violence)


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HAMPI, LA CITE ROYALE (19 / 22 mars)

    Dans le train vers Hampi, nous partageons le compartiment avec un couple se rendant à un temple afin que leur fille reçoive la bénédiction du brahmane. Pendant tout le trajet, les deux parents se partagent les soins du bébé, déjà cliquetant par les bracelets accrochés à ses poignets et ses chevilles, avec la même patience et douceur. Nous avons toujours rencontré des indiens, hommes et femmes, adorant les enfants. Je me rappelle d'une famille blanche à la visite d'un temple à Mahäbalipuram qui ne pouvait se dépêtrer de l'adoration provoquée par leur petit dernier : tous les indiens qu'ils croisaient touchaient systématiquement la joue du bébé blanc et portaient leur main au coeur ou a la tempe.  Des vendeurs ambulants passent régulièrement et proposent du chai, café, des byrianis aux oeufs durs (riz au safran agrémenté d'une sauce à la tomate et aux épices), des beignets aux légumes enveloppés dans du papier journal et ficelés adroitement. Lors d'un arrêt prolongé du train, un vendeur sur le quai  pousse un chariot chargé de fruits qu'il vend par les fenêtres des compartiments.


    Nous arrivons à Hospet en milieu d'après-midi (280 km en huit heures de trajet) sous une chaleur de plomb : on a l'impression que le soleil a explosé en million d'éclats sur la surface de chaque chose. Hampi où nous nous rendons se trouve à une quinzaine de kilomètres que nous faisons en rickshaw. Près de la voie ferrée, sur un champ pelé, un village minuscule de tentes faites de bâches, de tôles et de bouts de nattes tressées posés pêle-mêle, semble être un mirage derrière le rideau de poussière que soulève l'intense trafic de rickshaws, de bus et de scooters.

La route se déroule entre des champs de bananes et de cannes à sucre, dominés par les cocotiers. Au loin, on devine du relief fait de collines de blocs immenses de granit rose et safran, empilés de façon désordonnée, laissant une impression étrange. Les temples de Hampi sont tous faits de cette roche et ils sont  éparpillés au milieu de cette végétation tropicale sur des kilomètres. En arrivant à l'hôtel, une charogne de chien largement entamée par les corbeaux gît au bord de la piste face à l'indifférence générale. Au fil des jours, nous la verrons se ratatiner et abandonner par les charognards. Une famille de cochons noirs a élu domicile dans les champs voisins de l'hôtel ; on les voit s'enfuir que lorsque les enfants viennent y jouer du cricket.


    Le 19 mars est le nouvel an indien et la tradition veut que l'on mange dès le lever un morceau de sucre roux que l'on vend sous forme de pain cubique sur les marchés. Vers huit heures, sur la route qui mène au village de Hampi, nous croisons des dizaines de femmes en groupes, certaines portant de courtes pioches ou des faucilles posées en équilibre sur leur tête, d'autres leur déjeuner enfermé dans des boites en inox et prenant les chemins des rizières, des bananeraies ou des champs de canne à sucre. La route s'arrête à Hampi, village minuscule et reculé, traversé par une large rivière qui, à la mousson, grossit en fleuve.


    La toute première chose que l'on distingue du village est le gopuram de Virupaksha (tour pyramidale) impressionnant par sa taille et sa blancheur, autour duquel s'organise la vie des indiens. A l'intérieur, les rituels sacrés restent vivaces, les pèlerins répètent quotidiennement les mêmes gestes. Apres l'achat d'offrandes aux portes du temple (souvent noix de coco), ils pénètrent dans la cour principale; là, ils frappent de leur main les différentes colonnes de granit et à l'appel des cloches du brahmane de service, ils déposent leur offrande au pied du lingam sacré, le visage absorbé, les mains tendues vers l'idole. Certains brisent la noix de coco sur le sol et en répandent le jus dans le sanctuaire. Le brahmane tient un plateau sur lequel brûle de l'huile et trace sur le front des croyants la tika, le point rouge, le troisième oeil qui porte bonheur. La cérémonie est toujours rythmée par les sons des gongs, tambours et cloches. A l'extérieur, un brahmane distribue des billets de 10 roupies à des mendiants. Dans un autre minuscule sanctuaire, le culte est dédié au cobra. Depuis le temple, nous accédons à la rivière : c'est l'heure à laquelle l'éléphant se fait laver par son cornac. Il est affalé, le corps à demi immergé; son cornac, avec énergie, le brosse, couché sur ses larges flancs, lui parle avec rudesse, manie sa voix comme un fouet, et lui donne quelques coups de bâton pour que ce dieu vivant déplace sa masse. Il décrasse le moindre centimètre de sa peau épaisse et cela tous les matins ! Une fois sur ces quatre pattes, le monstre se rince de puissants jets d'eau sortis de sa trompe qu'il balance en arrière, déclenchent les rires des indiens autour de lui. Des femmes et des enfants l'encerclent de plus près et le cornac ordonne à l'éléphant de les bénir. Il dépose alors délicatement sa trompe sur la tête de chacun d'eux. Non loin de la toilette de l'éléphant, les villageois à des heures différentes viennent tous se laver et faire leur lessive ; les femmes rentrent dans l'eau en gardant leur sari, les hommes leur dothy. Des femmes étalent des vêtements lavés et essorés sur les toits des petits temples près de la rivière ou sur l'herbe, carrellent d'étoffes chatoyantes les rives. Deux vieilles femmes rentrent dans l'eau en sari, se savonnent et s'aident mutuellement à laver et démêler leur chevelure grise. 


    Dans le village, des couturiers travaillent dans la rue sur des machines à coudre à pédales. Plus loin, un homme repasse à l'aide d'un fer d'un autre temps, assez volumineux, sûrement lourd et que l'on remplit de charbon de bois. Des cuisinières préparent samosas, beignets et papadams dans des woks installes sur le passage des familles, des brahmanes, des groupes qui descendent à la rivière. Et puis il y a des mendiants qui se font passer pour des sâdhus, d'autres pour des docteurs magiciens exhibant un carnet sur lequel apparaissent des noms de touristes et surtout des montants de donations assez élevés, qu'eux mêmes souvent écrivent. Des femmes à l'entrée du temple tentent de vendre leurs bananes et des fleurs, en faisant de grands gestes de menaces vers les vaches qui lorgnent ce déjeuner inespéré. Une fois l'éléphant bien sèche, son cornac lui trace sur le front la tika, et sur ses oreilles le svastika (la croix gammée qui marque la régénération perpétuelle). Le soir nous allons dans une boutique internet, le commerçant nous désigne l'ordinateur, les yeux rivés sur son écran de télévision, ne lâchant pas les joueurs de cricket en pleine coupe du monde. Chaque ordinateur à sa tika et ses fleurs de jasmin posées au dessus de l'écran. Vers 20h, des bruits de tambours dans la rue annoncent la sortie du temple de la déesse Lakshmi. Les hommes portent sur leurs épaules un brancard sur lequel trône l'idole couverte de colliers de fleurs, symbolisant la terre. Les fidèles tendent aux brahmanes leurs offrandes : ce dernier brise la noix de coco sur le sol et en verse le jus, symbolisant l'eau, sur un plateau qu'il allume de sa torche en feu.

 

    Tout au long des ces 4 jours à Hampi, nous ne cesserons d'être émerveillés par les richesses de l'architecture laisses par les rois Vijayanagar, la dynastie qui fonda cette cite au 14eme siècle : plusieurs temples, sanctuaires et sculptures d'une finesse incroyable,  qui donnent une idée de la richesse du roi et de son pouvoir à l'époque ... De sa mégalomanie aussi, quand on voit le bâtiment qui servait d'étables a ses éléphants ! La légende veut que lorsque l'empereur  Krishna Deva Raya revenait de guerre sur son éléphant de combat, il jette des poignées de pierres précieuses à ses soldats vainqueurs.


    Hampi est situé dans un environnement sauvage et encore préservé du marche touristique, malgré ce patrimoine incroyable. Observer les rites immuables du temple, visiter les sites que le soleil vient colorer en fin d'après midi, discuter avec les habitants du village, flâner au bord de la rivière ..., un véritable enchantement !



Publié à 10:13 le 20/03/2007 dans F HAMPI
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